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Les vikings : une passion d'enfance :
Cette fascination pour les vikings fut toujours quelque chose de
mystérieux et d'inexplicable mais force est de constater qu'elle a pu
fortement et profondément m'influencer, philosophiquement comme
humainement et politiquement.
Si l'on pourrait ainsi aisément rapprocher la soif d'aventures et de
combats des vikings des fondements d'un certain libéralisme/radicalisme,
les parallèles 'politiques' peuvent aller au-delà : la foi en la
liberté, la fascination pour la force, la solidarité devant
l'adversité, l'appel du grand large, l'ivresse des voyages... On peut
aussi noter que la société viking était très égalitaire : la base en
était constituée par des hommes libres, propriétaires, regroupés en
clans familiaux, qui se réunissaient en assemblée [le thing] pour
décider de leur vie collective, femmes et hommes y sont traités sur un
pied d'égalité, le divorce est admis, la justice est l'affaire de tous,
grand respect pour la dignité humaine, etc.
Mais les coïncidences ne s'arrêtent pas là. Un autre élément peut
faire réfléchir, voire fasciner : le fait de vouloir mourir l'épée à
la main, qui pourrait être rapproché de la conception chrétienne du
sacrifice (et notamment, le sacrifice suprême : celui du Christ - voir,
aussi, le symbole du Pélican). De façon générale, ainsi, aussi
monothéiste peut-on être, le Panthéon des Dieux vikings ne peut laisser
indifférent. Personnellement, il m'a toujours beaucoup parlé et a
marqué ma sensibilité et mon imaginaire d'enfant, m'initiant par
là-même, à la pensée du transcendant : mourir l'épée à la main
n'ouvre-t-il pas les portes du Walhala ? Les théologies chrétienne et
viking ont de toute façon fini par se fondre avec la conversion
progressive des Rois vikings au christiannisme, à commencer par le duc
Rollon de Normandie (912), le grand-duc Vladimir de Kiev (987), et le Roi
Olaf Haraldson (1016), qui deviendra le saint-patron de la Norvège...
Aujourd'hui, les scandinaves sont majoritairement protestants, ce qui
n'est probablement pas un hasard, une fois encore.
Sans doute est-il aussi troublant, d'un point de vue personnel, que la
Russie et les Vikings soient aussi intimement liés : selon une chronique
de 862, en effet, les slaves du Dniepr - ne pouvant s'entendre -
décidèrent d'appeler "un prince qui puisse gouverner et faire
régner la justice", et qui sera finalement un "Rus" (le
nom par lequel ils appelaient les vikings suédois). De cette dynastie
sont sortis les grands-ducs de Kiev, dont le grand-duc Vladimir...

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Ce qui caractérise le mieux les vikings :
- L'attachement au foyer familial et la place des femmes dans la
société vikings :
Qu'ils soit marin ou paysan, le foyer revêt une grande importance pour
tout viking. C'est en effet là où il fait bon se retrouver pendant les
longs hivers qui empêchent toute sortie. On y fourbit de nouvelles armes,
on y prépare les prochaines expéditions, on y instruit les futurs
guerriers. Ainsi se maintient la cohésion du "clan" (plusieurs
familles vivent généralement sous un même toit).
Au sein du clan, la femme est par ailleurs traitée avec respect par
les hommes, et considérée comme leur égale : conservant son nom et son
appartenance au clan paternel, elle peut parfois assumer des
responsabilités très importantes et a le droit de divorcer. Outre le
travail de la terre, le maniement des armes, le commandement des esclaves,
il est ainsi tout à fait admis que les femmes puissent exercer, à
l'instar des hommes, des commandements politiques et posséder
personnellement terres, forteresses et bâteaux (cf. la reine Aude
"aux yeux profonds", une des nombreuses héroïnes des sagas
vikings). C'est par elles que se transmettent les traditions, que la
famille se maintient et s'étend et que le foyer est bien gardé.
Aujourd'hui encore, d'ailleurs, la femme joue un rôle tout particulier
dans les sociétés scandinaves : égale de l'homme, son rôle politique
et social est absolument incontournable.
- La soif d'aventures, de découvertes & de richesses :
Les vikings, toujours en quête de nouvelles richesses et de nouveaux
horizons, ont été de grands voyageurs : en moins de trois siècles
(793-1066), ils ont ainsi dévasté les côtes françaises, découvert
l'Islande, le Groënland (Erik le Rouge) et même - avec Leif Erikson (le
fils d'Erik) - les Amériques (avant Christophe Colomb !), conquis la
Normandie (Rollon) et la Grande-Bretagne (Guillaume le Conquérant, en
1066), exploré la Russie, la Mer noire et la Mer Caspienne, fondé
Novgorod, Smolensk et Kiev, pillé Séville et Cordoue, atteint Byzance et
l'Asie centrale (les Tatars), commercé avec le Moyen-Orient (Bagdad)...
Les Suédois, que les indigènes appelaient "Rus", ont ainsi
donné son nom à l'actuelle Russie, et laissé des prénoms comme Igor ou
Vladimir.

Mais les vikings ne sont pas faits conquérants par simple goût de
l'aventure ou du pillage de trésors, ils cherchaient aussi à développer
leurs activités commerciales, à chercher de nouveaux produits et à
créer de nouveaux marchés. Tandis que les drakkars, ces fins navigres de
guerre (drak = dragon), leur ouvrent la voie, les lourds knorrs
transportent marchandises et richesses jusqu'aux grands ports de commerce,
tels Hedeby. Grâce à eux est né le commerce intercontinental, entre
l'Occident et l'Orient notamment, avec des places commerciales clefs
telles Novgorod, sur les bords du lac llmen.
- L'esprit guerrier mais festif et chaleureux :
La volonté de mourir l'épée à la main des vikings est bien connue :
ce serait là la seule porte du Walhala aux 540 portes, ce paradis des
guerriers où les vikings sont reçus par les Walkyries, ces vierges
guerrières qui portent leurs armes et leur versent l'hydromel, breuvage
d'éternité. La vie après la mort est encore plus belle encore que la
vie même, pour les vikings, d'où leur ardeur à combattre. Les chefs
vikings sont enterrés et parfois brûlés dans leurs bâteaux afin que
l'âme monte au Walhala.
Sans foi ni lois, ils pillent églises et monastères et sèment la
terreur partout où ils passent. Le guerrier viking, discipliné et
puissamment armé, est redoutable par sa vigueur physique, son mépris de
la mort et aussi sa mobilité. Bien le plus précieux du guerrier, les
armes sont autant des instruments de combat que des oeuvres d'art (cf. les
riches décorations qui témoignent d'une grande maîtrise de
l'orfèvrerie), et se caractérisent par leur extrême diversité. Les
casques (parfois coiffés de cornes) et les hâches, notamment, sont
inséparables du monde viking.
Mais il ne faudrait pas pour autant en conclure que les vikings sont des
barbares, assoiffés de sang et de guerres. Le sport (course, natation,
ski, luge), les jeux de réflexion (échecs, dés, dames), et les fêtes
(danses, chants et banquets au solstice d'été), tiennent une grande
place chez les vikings et témoignent d'une société soudée et
chaleureuse. De longs poèmes récités par le "scalde", dont
nous avons encore la trace via les "sagas" islandaises et les
stèles gravées de runes, excitent aussi l'imaginaire des plus jeunes en
évoquant les exploits guerriers des ancètres.
- Un panthéon un peu particulier :
Le panthéon viking est complexe et en constant mouvement. Il habitent
Asgard, une haute montagne située au coeur de l'Univers, et sur eux
règne Odin, dieu de la guerre, de la poésie, de la sagesse et de la
magie, et son épouse Frigg, d'une beauté fascinante, mère de Balder
(dieu de la lumière et de la joie) et Hoder (le dieu aveugle des
Ténèbres). Odin chevauche le monde accompagné de deux corbeaux : Hugin
(la pensée) et Munin (le mémoire). Freyja, blonde, belle et aux yeux
bleus, est la déesse de la beauté et voyage sur un sanglier aux soies
d'or ou dans un char tiré par des chats. Thor, débonnaire, juste et
courageux, armé d'un marteau et dressé sur son char tiré par deux
boucs, est plus proche des hommes : bienfaisant et familier, il les protge
des géants, des trolls, du froid, du feu et des loups, mais le fracas de
son rire ébranle l'univers entier et provoque l'orage. Le jour de Thor
(Thursday en anglais) était d'ailleurs consacré aux réunions et aux
grandes fêtes. Loki, le dieu du mal, dispose de beaucoup d'astuces et de
ruse. Sa fille, Hel, est la déesse de la mort et habite le royaume du
froid et de l'obscurité, dans lequel Odin l'a plongée.
- L'égalité et l'esprit de Justice :
Pour les vikings, la Justice est une affaire de tous. Les hommes libres
se réunissent en un "thing" qui n'est autre qu'une assemblée
locale chargée d'édicter la justice. Des assemblées régionales peuvent
juger en appel, et même, pour les cas les plus graves, les affaires
peuvent être déférées devant une assemblée nationale (l'Althing en
Islande, réunie pour la 1e fois en 930).
Les parties en présence exposent leurs griefs, confiant parfois leur
défense à un notable éloquant, parmi leur clan. Il revient cependant au
plaignant de faire appliquer la sentence, ce qui ne va pas sans
difficultés : il s'agit le plus souvent d'une amende (qui compense le
dommage subi, selon une tarification bien établie), mais cela peut aller
jusqu'à la pendaison (très rare et sans doute de caractère religieux).
Le châtiment suprême est la mise hors-la-loi du coupable, dont la
personne et les biens sont ainsi à la merci de tous. Elle provoque le
banissement du coupable, qui doit s'embarquer pour chercher fortune
ailleurs. Ce fut notamment le cas d'Erik le Rouge, qui s'en fut découvrir
le Groenland (Pays Vert).
Dans certains cas, enfin, on laisse aux dieux le soin de trancher : les
deux plaignants sont débarqués armés sur un ilôt & vident leur
querelle jusqu'à la mort de l'un deux qu'Odin a ainsi désigné comme
coupable (c'est la "holmganga").
Très respectueux de la dignité humaine, les Vikings ignorent en
revanche les châtiments corporels, la prison et toute les formes
d'humiliation. |